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Je ne suis pas faible. J'ai dit que je prenais mes distances par rapport à l'objet internetien, et je le fais. Mais là, Gwen l'a dit : ça mérite un post. Et c'est vrai.
Comment parler avec éloquence de la fête de Buc?
Retour en enfance, ou arrivée abrupte dans l'âge adulte? Un peu des deux en fait.

Bon, y a des choses immuables, quand même : ma parano, mes piques d'une agressivité toute criante et d'un approprié tout relatif. Ca, ça bouge pas. Allez, hop, c'était pour le clin d'oeil apologétique à une personne qui se reconnaîtra en ce dimanche soir, ça, c'est fait.
Après, y a des choses changées. Mes cheveux pour commencer. Ils ont poussé depuis le collège. Quand je l'ai quitté, ils m'arrivaient avec difficulté à l'épaule. Ensuite, ils étaient plutôt au milieu du dos. Mais comme depuis vendredi, ils sont de nouveau à l'épaule, je suis comme mûre pour un voyage dans le temps. Et bien dégoûtée aussi. Note pour plus tard : buter la coiffeuse qui m'a salopé ma belle chevelure. Deuxième note pour plus tard : dire "gardez-moi la longueur" non pas une mais au moins 5 fois, car "la répétition est l'une des plus fines fleurs de la rhétorique". Copyright Raymond Queneau, cf. Bac L année modèle 2000.

Bref. Alors, retour à l'adolescence? Pourquoi pas. L'âge des convives à la fête de Buc n'a pas bien changé. Moyenne, 13 ans et demi. Première cannette de bière, premières émotions sur du heavy metal, premières éruptions acnéiques. Mais pas que. Premiers gros mots, premiers couchages après 23h avec bénédiction des parents, pour ceux qui sont en-dessous de ladicte moyenne d'âge. Mais aussi premier coup de vieux pour ceux qui sont au-dessus. Celles, en l'occurrence. Nous. On a pris 20 ans en arrivant au pré de Buc. Autant, la veille, j'avais 16 ans à tout casser (notamment pour la coiffeuse, quelle connasse celle-là décidément), autant, devant les hordes prépubères, j'ai eu le sentiment d'être quasi-trentenaire. Une première. Ca fait bizarre. On s'est senties tellement faisandées avec Gwen, mais aussi tellement gamines, c'était un peu du mixed feelings de derrière les fagots, si vous me permettez l'idiolecte thierry-rolandesque. Trop de foot tue la finesse d'esprit, c'est prouvé.
Bah oui, nous, on était là pour le feu d'artifice. Parce que c'est bien les feux d'artifice. D'abord. Et puis pour un feu d'artifice de village, celui-là, il était plutôt réussi, faut dire. Faut dire aussi que musicalement, y avait du défi. Finalement, je trouve que cet instant avait un côté absolument snob, parce qu'unique en son genre. Qui a déjà assisté à un feu d'artifice qui s'ouvre sur I Muvrini, se développe sur Tri Yann, et s'achève dans un superbe bouquet final sur fond de bourrée auvergnate? Personne? Je le savais. Unique, j'vous dis. Expérimental, osé. En même temps, joie toute enfantine de Gwen et de moi, à base de "Aaaah, ooooh!!! Putain, c'est bôôô!!!" C'est là que je me suis rappelé que j'aimais profondément la fête de Buc. Je la referai l'année prochaine. La seule chose qui a changé, c'est la canette de 16 qu'on avait dans les mains. Finalement, on a attendu d'avoir 23 ans pour être enfin ado. La classe.

Enfin, dernier temps fort de ces joyeusetés, les retrouvailles avec les amis du collège. Pas vus depuis au moins 6 ans pour certains, plus pour d'autres. Croisés dans le bus à l'occasion, mais dans ces moments, on fait semblant d'écouter un message super long sur le portable. Là, que nenni. On se voit, on se checke, on se parle. Et pour signifier qu'on s'est bien reconnu, on se dit pas seulement bonjour, on s'appelle par nos prénoms. "Salut Nicolas" "Salut Virginie, tu vas bien?" "Ouais merci. Salut Alexandre" "Salut Virginie, qu'est-ce que tu deviens". Connivence marquée, soulignée. Mais distance maintenue. Ces mecs, je blaguais avec eux au voyage de classe à Rome en Troisième. C'était les garçons qu'on mangeait à la même table qu'eux à la cantine. Et qu'Alexandre, il voulait sortir avec moi. Mais que moi je voulais pas. Bah oui, il me bottait pas trop. Et puis j'avais jamais embrassé de garçon à l'époque, alors ça me faisait un peu peur. Maintenant, c'est plus "je marque mon territoire", "speed dating", "je te dis tout ce que je peux en 1 minute parce qu'après, j'ai pas que ça à foutre non plus". Zéro spontanéité, 100% "maintenant, on a grandi". Je fais ci, j'habite là, avec ma copine, et bla et bla et bla. Pourtant, c'était sympa. Et quelque part, bien enfoui, y avait ce relent collégien dans l'heure qu'on a passée en cercle à se parler à trinquer, voire à se charrier. Je sais pas ce que j'en pense avec du recul. Peut-être de l'indifférence...
 
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